Samedi 26 novembre dernier à l’association Arte Andaluz (Châtelaine-Genève).
Dehors il fait froid et la perspective d’avoir une soirée flamenca pour se réchauffer et nous mettre du baume au coeur nous enchante. Mais la météo n’est de loin pas la seule raison de nous déplacer. Il y a tout d’abord un soutien à des danseuses amateurs qui ont beaucoup travaillé pour pouvoir se produire sur scène, un soutien aux profs qui y enseignent et une envie toute particulière de découvrir la danseuse invitée résidant à Grenade, Irene la Serranilla. Tout ce joli microcosme accompagné par el toque de notre ami Daniel el Rubio, par un jeune percussionniste (je ne retrouve plus son nom mea culpa) et par le cante de Sandra Santisteban aussi venue de Grenade pour l’occasion.
Le concept ? Une annonce a été passée en début d’année afin de trouver des élèves (toutes écoles confondues) souhaitant se produire sur scène avec des musiciens. Les chorégraphies sur un palo choisi ont été montées en majorité par Melissa Salcedo, mais aussi par José Candela, puis travaillées depuis septembre pour préparer cette soirée.
A peine arrivée, l’ambiance de la peña est là. Un vinito, una tapa et on file trouver la meilleure place possible (ce qui a été le cas, sans avoir réservé en plus !). Entre quelques discussions en compagnie de notre photographe flamenco local, mon regard s’attarde sur la scène même, ce tablao unique à Genève pourtant si mal connu. Tout y est. Une scène aux dimensions idéales, les chaises typiquement andalouses, la sono, une peinture murale représentant la flamenca de leur logo…bref, on a hâte que la lumière se tamise et que le spectacle commence. Et c’est Dani qui ouvre le bal avec un thème familier qui lui va si bien (accompagné d’habitude par la danse de Maud la Manuela).
Cristina la Granailla est la première à se lancer avec unos tangos. Ce n’est pas évident de commencer lorsque le stress est à son comble! La technique est là, le compas acquis et au fur et à mesure que la musique la gagne, elle prend confiance et nous emporte avec elle dans ce palo festero, olé tu ! Tamara Ramirez a choisi la difficile solea et ce fut une agréable surprise de constater tout le travail accompli et la grande écoute du compas que cet exercice requiert. Eva Vidal clôt cette première partie par unas alegrias très bien exécutées. Rien ne manque : tenue et port de bras impeccable, interprétation, prestance, une très jolie danse de A à Z. Presque trop facile on aurait envie de dire! Car la belle Eva, avec ce qu’elle a montré ce soir, nous convainc qu’elle peut aller plus loin si on la pousse ! J’aurais juste aimé qu’elle termine face au public pour aller au bout de son esthétique. Les prestations de ces trois femmes courageuses ont sincèrement été le meilleur moment de la soirée.
Viennent ensuite les professionnels avec tout d’abord unos cuplés por buleria chantés par Sandra Santisteban, avec sa couleur de voix venue tout droit de las cuevas. Elle a tout donné et se sent à l’aise sur le devant de la scène. Melissa entame unos tientos, un palo qui lui va particulièrement bien et José une solea por buleria. Entre les deux, la farruca de Dani. Puis, le moment tant attendu de voir danser Irene la Serranilla. Et là, nous sommes véritablement transportés à Grenade par une belle et talentueuse flamenca, parce qu’elle l’est, au compas de la seguiriya. Malheureusement, nous sommes vite redescendus sur Terre, malgré toute la bonne volonté des interprètes, à cause de petits problèmes techniques. Beaucoup ont regretté de ne voir qu’une seule danse d’Irene mais c’est le jeu, c’était la danseuse invitée et ça nous donne envie de la revoir.
Pour finir, après les chaleureux remerciements de José Candela envers tous ses collègues, la place est laissée au traditionnel fin de fiesta. Pour l’occasion, des participants aux ateliers de buleria, animés par Melissa Salcedo, zapatos aux pieds, se lancent une à une dans le fameux demi-cercle. Bravo à elles !
Ce fut une soirée agréable et avec une jolie équipe. Dommage que le lieu ne soit pas à la hauteur pourtant il a tout pour l’être…la faute à qui ? On ne le sait pas trop…le respect envers les artistes qui se produisent sur scène n’est pas toujours au rendez-vous (même rarement). Et pourtant c’est le SEUL tablao de tout Genève ! Cela pourrait être un endroit magnifique où tout le monde pourrait se produire à tour de rôle, où des juergas ouvertes nous feraient vibrer jusqu’au bout de la nuit. Le potentiel est là mais seuls les habitués s’y côtoient.
Je suis revenue le lendemain, quand tout est calme, et là, nous avons profité de l’enseignement d’Irene la Serranilla (adorable personne et grande professionnelle) dans un atelier de deux heures (par niveau) qui nous a fait grandir dans notre quête interminable sur la voie du flamenco. Ici point de chorégraphie : la guitare, le chant, des remates et savoir bailar a la letra. Le parfum de la Solea m’est encore imprégné presque une semaine plus tard…
Rebeca Foëx-Castilla
Un immense merci à Jean-Christophe Arav pour son reportage photographique.










