Cie Antonio & Sylvia Perujo « Ojos Verdes » 7,8 novembre à la Salle Centrale de la Madeleine, 20h30

La Cie Antonio et Sylvia Perujo rend hommage à la Copla, ce genre musical mal compris et stigmatisé à l’époque de la Guerre civile. Rendant ses lettres de noblesse à ces chansons qui ont inspirés tant d’artistes jusqu’à nos jours, la Cie Antonio et Sylvia Perujo vous présente la Copla.

201311OjosVerdes_1_1

Représentation du vendredi 8 novembre

Le spectacle s’ouvre avec avec tous ses participants sur la scène sur le thème d’Ojos Verdes interprété par Mari Angeles Cuevas et Manuel Contreras debout face à la pianiste-chanteuse assise. A l’extrême opposé, ils sont accompagnés par la guitare d’Ismael Heredia. Antonio et Sylvia, à gauche sur la scène, prennent la pose inanimée que le chant va ramener à la vie. On se croirait à la fois dans un théâtre du début du siècle et dans une scène de rue. Les danseurs s’animent peu à peu et quittent la scène bras dessus, bras dessous, et ainsi laisser la place au couple de chanteurs désormais au centre de la scène.

Le premier solo dansé est interprété par Antonio et accompagné au piano par Mari Angeles, sur la zambra d’Enrique Granados. Antonio nous transporte ici par sa magie esthétique et son goût sûr pour la musique classique espagnole, avec une grande finesse dans les mouvements, son écoute attentive et son harmonie avec le piano qui donne à son zapateado une maîtrise incontestable et une recherche du soniquete pour un accord juste avec la partition. On retiendra également son magnifique saut.

Manuel chante La Salvaora pour le solo de Sylvia. Une très belle interprétation de la part de la danseuse qui est habitée par le rôle. Elle occupe l’espace d’une telle sorte que les yeux ne peuvent se détacher de ses gracieux gestes et de sa maîtrise totalement naturelle du prolongement de son corps qu’est la bata de cola, dans quelque matière ou quelque longueur qu’elle soit.

Le guitariste Ismael Heredia a quant à lui enflammé le public par sa virtuosité et son compas dont on ne se lassait pas et surtout dont on ne se privait pas de lui lancer des « ole ! ».

Le public reste encore et toujours subjugué et impressionné par la maîtrise des palillos (castagnettes) d’Antonio et Sylvia, se métamorphosant alors en de vrais musiciens en mouvement. Avec une structure globale comme d’habitude de qualité et en crescendo, la Cie Antonio et Sylvia Perujo nous offre une deuxième partie de tonnerre. Avec La Bien Paga, et ce jusqu’à la fin du spectacle, on assiste à un véritable voyage dans le temps grâce à l’interprétation des danseurs et surtout à la robe de Sylvia et à ses déplacements, son braceo et ses levers de jambe totalement authentiques où l’esprit ne peut s’empêcher de repeindre toute la scène en noir et blanc. Sylvia, abandonnée à son sort, finit seule et meurt au centre, telle une Carmen poignardée par le couteau invisible d’un hypothétique Don José.

Mari Angeles réussit ensuite le pari difficile de tenir le public genevois attentif lors de sa touchante interprétation de Y Sin Embargo Te Quiero, accompagné d’Ismael. Puis, Manuel et Ismael débutent ce qui devient une Alegria del 40 rythmée, entraînante, robe courte d’une Sylvia radieuse telle une figurine de carte postale. Une alegria pleine de feintes et d’humour qui a définitivement su conquérir son public. S’ensuit la Copleria, un véritable mix de cinq coplas parfaitement articulées où les danseurs alternent solos et duos, où le chant se fait à la fois féminin et masculin, où la guitare épouse le piano. Une mention spéciale pour Sylvia qui interprète un couplet et le refrain de Echale guinda al pavo avec justesse et le charme de sa couleur de voix particulière. On se croirait dans le port de Malaga, Tatuaje à l’appui, et tout ce petit monde nous offre un très joli tableau et un très beau choeur avec No me llames Dolores (llamame Lola !). Le spectacle s’achève tel qu’il avait commencé, avec le refrain d’Ojos Verdes, les danseurs, cette fois-ci, restant sur scène où le chapeau d’Antonio vient offrir une intimité à cette fin suivie de près par la lumière clôturante.

De manière générale et sans tenir compte de quelques soucis techniques plus flagrants le jeudi, Antonio (resté quelque peu discret à la manière d’un caballero pour mettre en lumière la danseuse et la copla comme imaginaire très féminin) et Sylvia ont su totalement convaincre avec le mélange flamenco-copla de manière subtile, grâce à leur collaboration avec des musiciens talentueux qui ont joué le jeu. La proposition était différente de ce que nous avons l’habitude de voir et ça fait du bien. Maîtrisant le compas en passant d’une vitesse à une autre et ayant pensé une mise en scène sobre mais totalement évocatrice de l’espagnolisme par les attitudes, les tenues, le respect et le répertoire choisi, je peux, sans plus de cérémonie, dire qu’ils m’ont réconcilié avec la copla.

RBK